Ça fait depuis l’an 2000 qu’on fait le bilan sans foutre un pied devant l’autre. Ainsi est l’air du temps quand l’ère est viciée. On croyait pourtant être des professionnels de l’apnée. On avait compris depuis longtemps qu’on gaspillait trop de salive, au point de décider de prendre le stylo « pour ces rares instants où notre cœur fait boum-boum ». Bref, ça a beau faire longtemps qu’on a plus d’air, on reste des Jacques Mayol en puissance, spécialistes dans les descentes expresses jusqu’au fond, la cage thoracique gonflée de l’oxygène trouvé dans des yeux Grands Bleus, et le ciré de matelot laissé sur la grève. Sauf qu’à naviguer entre deux eaux, sur un océan d’encre, entre esprit de revanche et face tournée vers l’horizon, on s’est surpris à chercher un autre continent depuis les voies ferrées de la rue La Fayette et sous les ponts lissés d’Austerlitz. On s’étonne même que rien ne se passe lorsqu’on lâche les amarres de la Petite Ceinture en se laissant guider par la Grande Ourse. Pourquoi ? Parce qu’on est convaincu qu’il reste un peu d’amour dans l’amertume, un peu d’eau douce sur le sel des plaies, et quelques constellations qui permettront d’arriver à bon port. C’est sûrement pour ça qu’on a ajouté les récents sons de K.Oni et RezO sur le planisphère. Car la clairvoyance y bât son plein en one shot et qu’on est persuadé qu’ils font tomber les masques pour peu qu’on prenne le temps d’ouvrir les yeux devant son propre reflet. Et même si on est du genre à se persuader qu’on traversera les océans qui nous séparent en pédalo, on se laissera toujours porter par les flows dont la rime ne se laisse pas flotter à la dérive. Notre fil d’Ariane est notre corde sensible.







